Neovim à l'ère de l'IA générative.
Comment apprendre lentement dans un monde obsédé par la vitesse ?
Taper du code n’a jamais été la compétence la plus précieuse en programmation.
Certains adorent, d’autres beaucoup moins. Mais au final, ce qui compte vraiment, c’est la qualité du code produit et sa capacité à répondre au besoin initial.
Est-il efficace ? Est-il maintenable ? A-t-il été livré dans un délai raisonnable ?
Ces questions-là sont centrales, et elles n’ont jamais été directement liées au choix d’un IDE.
Pourtant, avant l’arrivée de l’IA générative, écrire du code restait une activité chronophage pour beaucoup de devs. Maîtriser un outil comme Vim ou Neovim pouvait alors avoir du sens.
Neovim ?
Vim est un éditeur de texte ancestral installé sur la majorité des machines. Accessible via le terminal, il permet de modifier des fichiers et se distingue par de (très) nombreux raccourcis claviers pour effectuer la navigation ou les modifications.
Observer quelqu'un utiliser Vim avec expertise est probablement ce qui se rapproche le plus de ce qu'on peut voir dans les films avec des séquences de hacking : c'est de la magie noire. Les doigts pianotent et le clavier suffit pour réaliser l'entièreté des tâches.

Neovim est une itération plus récente de Vim. Il facilite la personnalisation et a donné naissance à des milliers de plugins pour s'adapter aux préférences de chacun⸱e. Sa communauté tire en général une certaine fierté à configurer l'outil en détails, à tenter d'optimiser le moindre mouvement.
Ce sont des outils puissants mais qui demandent un long temps d'apprentissage avant de se rapprocher d'une certaine maîtrise.
Objectif : optimiser la frappe
Apprendre Neovim, c’est un peu comme apprendre de bonnes techniques de découpe quand on cuisine.
Ça ne rend pas le plat meilleur, mais ça permet d’aller plus vite, avec plus de fluidité et moins de friction.
Pendant longtemps, c’était l’argument principal pour justifier son adoption : investir du temps au départ pour en gagner ensuite, chaque jour, à chaque ligne tapée.
Mais aujourd’hui, le contexte a changé.
L’IA générative ne se contente plus d’aider ponctuellement. Elle ambitionne de couper les légumes à notre place.
Et même de choisir les ingrédients, de mélanger, de dresser l’assiette.
Un⸱e dev se retrouve davantage en retrait : à goûter, ajuster, corriger.
Je n’ai aucune idée de ce que sera l’état de l’IA fin 2026, encore moins dans trois ou cinq ans.
Honnêtement, j’aimerais que tout cela disparaisse. Cette technologie est assez éloignée de valeurs importantes pour moi.
Mais ce n’est pas vraiment le sujet ici. Et surtout, il est très peu probable qu’elle disparaisse.
Même si elle n’atteint pas tous ses objectifs, elle restera sans doute présente, sous une forme ou une autre.
Écrire plus vite ?
Dans un monde où une part croissante du code est générée par des IA, quelle est encore la valeur d’un outil comme Neovim ?
Sa courbe d’apprentissage a toujours été un frein majeur. Pour moi y compris.
Jusqu’ici, les amateur⸱ice⸱s pouvaient justifier cet effort par un gain de vitesse à long terme. Mais si l’on ne tape plus la majorité de son code ?
Si le travail consiste surtout à piloter des agents ?

Dans ce contexte, apprendre un outil pensé pour optimiser la saisie manuelle peut sembler étrange.
Voire inutile.
Mais en focalisant toute l'attention sur l'objectif de vitesse et de productivité, je pense qu'on passe à côté du sujet.
Un peu de contexte personnel
Dévions légèrement.
J’utilise des ordinateurs depuis une vingtaine d’années. Je code depuis environ quatorze ans.
J’ai longtemps utilisé les outils JetBrains, avant de passer à VSCode. Je n’ai jamais particulièrement aimé taper du code. Mon plaisir venait plutôt du fait de construire des sites, des outils, de résoudre des problèmes.
Après un burnout assez sévère, ce plaisir s’est en grande partie évaporé.
Programmer est devenu plus complexe à apprécier.
J'ai aussi appris récemment que j'étais concerné par le TDAH. Et que mon système interne de récompense n'était pas au top. Commencer des tâches est difficile et leur réalisation relativement peu satisfaisante.
Ce que je trouve satisfaisant depuis longtemps par contre, c'est de regarder des vidéos de personnes extrêmement à l’aise avec Neovim.
Le flow. Les sons. Cette relation presque symbiotique avec l'outil.
La satisfaction à l'état pur
Mais je n’ai jamais franchi le pas. Le coût en temps me semblait trop élevé par rapport aux bénéfices attendus. Je réfléchissais aussi en terme de vitesse, de productivité. Et je ne crois pas que Neovim soit rentable en ce sens.
Retrouver l'étincelle
Récemment, je me suis demandé si Neovim ne pouvait pas m’aider à retrouver un peu de satisfaction dans l'acte de programmer.
Pas pour être plus productif.
Pas pour aller plus vite.
Mais simplement pour ressentir à nouveau une forme de plaisir.
Le plaisir de découvrir, d'apprendre, de comprendre comment fonctionne ce qu'on utilise. Sentir la création se former au bout de ses doigts. Avoir un contact physique presque direct avec le produit final.
Tout ce que l'IA générative ambitionne de faire disparaître finalement.
Une stratégie court-termiste
Utiliser massivement un LLM est un potentiel gain de temps immédiat aux coûts cachés. En échange d'un semblant de productivité, ces outils mettent des oeillères sur ce qu'implique l'apprentissage.
Apprendre ça demande du temps, de faire des erreurs. Pour comprendre d'où elles viennent et comment les éviter. On retient mieux ce qu'on accomplit par soi-même, quitte à se tromper plusieurs fois en chemin. Cela implique des hauts et des bas, des moments de friction comme de joie lorsque le déclic mental se produit. À l'image de notre vie entière, le chemin est valloné.
Déléguer à une IA générative c'est vouloir prendre un raccourci instantané entre le début du chemin et son arrivée. Avec un risque perpétuel de terminer bien loin de notre objectif mais sans comprendre pourquoi ou comment y remédier. On s'en remet à une boîte magique qui ne peut jamais garantir ses résultats.

Même Anthropic, entreprise derrière le célèbre LLM Claude, le reconnaît partiellement. Dans une étude récente ils réalisent que des développeurs fortement assistés par l'IA allaient marginalement plus vite que le groupe sans assistance. Avec une nuance de temps quasi négligeable. Mais lors d'un test de connaissances final, ce premier groupe a nettement moins bien répondu aux questions.
À vouloir aller plus vite, on risque surtout d'aller moins loin et de perdre de précieuses sources de connaissances au passage. Une fois qu'un site comme StackOverflow sera mort, où est-ce que les LLM iront voler des réponses à nos questions ? Ils ne peuvent pas véritablement inventer et se retrouvent facilement bloqués face à des problèmes inconnus ou rares.
Même crainte du côté de l'open source qui se voit envahi de contenu généré par IA. Les contributeurs humains ne peuvent modérer un tel afflux et se retrouvent confrontés à un terrible choix : refuser les contributions publiques ou intégrer à leurs projets des propositions régulièrement bancales ou buguées. Quand elles ne sont pas directement des failles de sécurité.
Écrire pour se souvenir
Les arguments productivistes en faveur de Neovim ne m'ont jamais convaincu. Ils existent pour répondre à une société qui met en avant la vitesse et la quantité. Pour se persuader qu'ils ne font pas fausse route, les adeptes de Neovim lui donnent des avantages finalement négligeables et qui existent d'ailleurs tout autant sur d'autres outils. Un⸱e expert⸱e de VSCode ira probablement tout aussi vite ou avec un écart infime.
Pourtant, d'autres arguments peuvent faire sens :
- "J'aime le son de mes touches quand je tape au clavier"
- "J'ai l'impression de faire de la magie"
- "Je ressens le besoin de comprendre en profondeur comment fonctionne mon IDE"
- "L'acte d'écrire devient un jeu et cela me motive"
- "Je trouve la communauté passionnante et cela m'anime"
- "Je me sens juste mieux en utilisant cet outil plutôt qu'un autre"
Mais ce ne sont pas des éléments mesurables. Contrairement au nombre de lignes de code et le temps passé à les réaliser.
Pourtant ils impactent le bien-être de la personne derrière le code et sa capacité à progresser dans son domaine. Mais de façon subtile et sur le long terme, l'inverse du rêve vendu par les contrebandiers du texte.
L'avenir de Neovim
Quand j'envisageais de plus en plus d'apprendre à me familiariser avec Neovim, je me sentais presque coupable. Coupable d'aller à contre courant et de me plonger dans ce domaine au pire timing possible.
Est-ce que Neovim aura encore sa place dans 2 ans ? Dans 5 ans ? Je ne sais pas.
Peut-être que son usage dans le monde professionnel disparaîtra complètement.
Peut-être qu'il redonnera goût au métier à certaines personnes désabusées de n'être que des gestionnaires de robots.
De mon côté je vais surement expérimenter. Bidouiller un peu, voir si cela allume des petites diodes dans le cerveau. Sans aucune certitude que cela me plaira. Et sans espérer un instant que cela me fasse gagner du temps.
Mais j'ai encore envie de croire que l'on peut prendre du plaisir dans ce métier. Sans l'abandonner à des machines qui volent nos mots et mangent nos rêves.
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Dernière mise à jour : 04/02/2026